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Boîtes noires, empreintes du monde et paysages intérieurs

Selon que la lumière vienne imprimer au fond de notre rétine une empreinte du monde sensible ou qu’à l’inverse notre vision du monde vienne projeter ses rayons sur ce qui nous entoure, les représentations de la lumière décrivent parfois des trajectoires opposées. En tant que représentations symboliques de la connaissance, ces deux trajectoires incarnent l’opposition que l’on établit communément entre démarches scientifiques et artistiques. Dans le champ des sciences, la lumière vient de l’extérieur pour éclairer l’esprit. Dans le champ des arts, c’est la lumière intérieure qui vient projeter ses rayons sur le monde afin de le faire apparaître sous un nouveau jour.

L’exposition Boîtes Noires invoque ainsi deux façons de faire appel à la lumière pour produire des images du monde, témoignant de deux relations du sujet à l’objet. L’histoire qui se raconte ici est celle de l’opposition entre images artistiques et scientifiques, visions objectives et subjectives, opposition qui s’est affirmée au milieu du dix-neuvième siècle mais dont les frontières tendent à se brouiller par la suite.

Le motif de la chambre noire, ancêtre des boîtiers d’appareils photographiques et des salles de projection, constitue le fil conducteur de ce récit. Cette invention ayant aussi bien accompagné l’histoire de l’art que celle des sciences, les différents emplois qui en sont fait incarnent les théories de la connaissance qu’ils mettent en oeuvre.

Aussi, au tournant du dix-neuvième siècle, les premiers scientifiques à se réclamer de l’objectivité virent dans la lumière un moyen de saisir une empreinte objective du monde, un moyen de la coucher sur papier, de la mettre à plat pour le rendre accessible à la pensée. La lumière entrait dans le boîtier d’un appareil photographique pour y imprimer une image où la présence de l’homme s’effaçait.

A l’inverse, l’artiste devait affirmer la subjectivité de sa vision du monde en se montrant capable d’y projeter sa lumière intérieure. La peinture de paysage fut emblématique de cette pratique dans la mesure où tout paysage se définit par la mise en scène d’un point de vue. Ce point de vue se trouvait alors le plus souvent placé au centre d’une réalité fuyante, dans laquelle le regard pouvait s’engouffrer. Les effets de profondeur et les jeux de perspective atmosphérique étaient accentués, de sorte que le paysage entier constituait comme un miroir de l’âme. La lumière sortait du regard de l’artiste comme de la lentille d’un projecteur pour nimber son point de vue du mystère de la création.

Quant au traitement de la lumière au sein des images, tous les aspects de l’optique interviennent dans ce jeu d’opposition entre objectivité scientifique et subjectivité artistique, entre mise en avant de l’objet ou du sujet : qu’il s’agisse de la volonté de privilégier le flou ou la netteté, d’étendre ou de réduire la profondeur de champ, de mettre en valeur les contrastes, d’homogénéiser les couleurs ou de les différencier au maximum. Les divergences d’intention donnèrent naissance à des codes visuels immédiatement identifiables qui déterminent encore aujourd’hui notre rapport aux images.

Pourtant, au tournant du vingtième siècle, la dimension objective des images est remise en question par l’évolution même des sciences. L’impossibilité d’éliminer la subjectivité présente dans toute représentation visuelle nécessite de l’assumer en tant que telle.

Parmi les images qui en ont le plus clairement pris acte, celles que les ordinateurs projettent à partir de données chiffrées constituent un véritable retournement des pratiques. Des modèles mathématiques totalement abstraits se trouvent alors représentés sous forme d’espaces colorés en deux ou trois dimensions pour permettre à celui qui les observe de s’en saisir de manière intuitive, de mieux les appréhender pour pouvoir les manipuler. Ces représentations prennent ainsi en compte les données subjectives de la vision pour permettre la visualisation de données objectives.

La frontière entre images objectives et subjectives se dissipe, certains espaces composant parfois de véritables paysages, accompagnés d’effets atmosphériques de manière à placer le sujet qui les observe comme au centre d’une réalité secondaire.

ARTISTES COMMISSAIRES : Norbert GODON et Sophie POUILLE
Du 29 septembre au 3 janvier 2016 – Planétarium de Vaulx-en-Velin
En Résonance avec la Biennale de Lyon 2017 – Sélection Année de la lumière France 2015
ARTISTES : André AVRIL,Patrice BELIN, Gregory BELLER, Laurent DEROBERT, Brion GYSIN, Pierre-Pol LECOUTURIER, Joanie LEMERCIER, Christine MAIGNE,Studio MILLIMETRE, Marie-Luce NADAL, Igor PETROFF, Linda SANCHEZ, Hiroshi SUGIMOTO, Jérôme PIERRE, Antoine SCHMITT, Benjamin VIORT, François ZAJEGA
CHERCHEURS : Antoine CAZES, Jérémy ANDRÉ, Aurélien BARRAU, Michaël BERHANU, Hélène COURTOIS, Eric FALCON, Yehuda HOFFMAN, Timothée JAMIN, Daniel KUNTH, Bruno MANSOULIÉ, Daniel POMARÈDE, Damien ROHMER, Edouard THOMAS, Brent TULLY, Christian WALTER
PHILOSOPHE
Jean-Clet MARTIN

Photographies : ©Flora Fanzutti